Crédit : les enjeux de demain pour les banques françaises face aux fortes évolutions du marché

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Alors que l’économie mondiale traverse une période marquée par l’incertitude, la digitalisation accélérée et la transition environnementale, les banques traditionnelles françaises font face à des défis inédits dans leur activité historique : le crédit. Longtemps levier essentiel de croissance et de rentabilité, le crédit devient aujourd’hui un terrain de tensions croissantes entre réglementation, innovation et responsabilité.

La remontée des taux d’intérêt, la nouvelle donne pour les banques françaises traditionnelles

Après une longue période de taux d’intérêt historiquement bas, la politique monétaire plus stricte de la Banque centrale européenne, mise en place pour contenir l’inflation, a entraîné une remontée rapide des taux. Cette évolution a rendu le crédit plus coûteux, freinant la demande, en particulier dans l’immobilier.

En mai 2025, le taux moyen des crédits immobiliers en France s’est stabilisé à 3,11% selon l’Observatoire Crédit Logement. La production des crédits à l’habitat reste en retrait, autour de 10 milliards d’euros par mois depuis débit 2025, un niveau historiquement bas.

Les banques doivent désormais jongler entre la nécessité de maintenir leur volume d’activité et la recherche de marges dans un contexte plus risqué. Cela les oblige à se réinventer pour innover davantage et répondre de manière plus fine aux attentes des clients, notamment en matière de rapidité de traitement, de transparence tarifaire et de conseils personnalisés.

Une pression concurrentielle accrue avec l’essor des nouveaux entrants

Les néo-banques, fintechs et plateformes de crédit en ligne gagnent du terrain grâce à leur agilité, leur transparence et leur capacité à proposer des services rapides et ciblés (crédit à la consommation, crédit auto, etc.).

Certains proposent désormais une offre élargie combinant crédit, assurance, gestion de budget et services non financiers, renforçant leur attractivité auprès des jeunes actifs et indépendants. Pour faire face à cette concurrence plus intense, les banques françaises traditionnelles doivent repenser leurs modèles de distribution (agences, canaux digitaux, partenariats) et leurs approches vis-à-vis des emprunteurs français.

Des contraintes réglementaires toujours fortes

Les réglementations issues des accords de Bâle III et IV renforcent encore plus les exigences de fonds propres et de gestion des risques. L’entrée en vigueur progressive de Bâle IV à partir de janvier 2025 devrait entraîner une augmentation moyenne de 8 à 9 % des exigences en capital pour les grandes banques européennes, selon plusieurs études spécialisées. Cela oblige les établissements à adopter une approche plus sélective dans l’octroi de crédits, tout en maintenant une solidité financière exemplaire. Cette contrainte, bien qu’indispensable à la stabilité du système bancaire, peut limiter la capacité des banques à financer certains projets ou profils emprunteurs. Elle constitue cependant une double réalité : contrainte de gestion, mais aussi barrière réglementaire et capitalistique à l’entrée, qui protège les banques historiques face à certains nouveaux acteurs.

Digitalisation et intelligence artificielle : le crédit réinventé

La transformation numérique bouleverse les pratiques traditionnelles du crédit. L’intelligence artificielle permet aujourd’hui d’automatiser les processus d’octroi, d’améliorer l’évaluation des risques et de proposer des offres personnalisées en temps réel. Les données issues de l’open banking, comme les agrégateurs de comptes ou les historiques de dépenses, permettent également un scoring alternatif, en particulier pour les profils jeunes ou peu bancarisés. Les banques françaises ont ainsi entamé des investissements importants dans ces technologies pour offrir des parcours client fluides, moderniser l’expérience client et rester compétitifs face notamment aux nouveaux acteurs (fintechs et néo-banques). Cependant, ces technologies doivent rester explicables (« explainable AI ») pour garantir leur conformité réglementaire, éviter toute discrimination et préserver la confiance des emprunteurs.

Dans ce contexte, le rôle d’un cabinet de conseil banque devient déterminant pour accompagner les établissements financiers dans leur transformation, en combinant expertise réglementaire, maîtrise des enjeux data et capacité à déployer des solutions opérationnelles à forte valeur ajoutée.

Vers un crédit plus responsable et inclusif

Dans un contexte économique tendu, marqué par l’inflation et la précarisation de certains ménages, les banques ont un rôle sociétal important à jouer. Prévention du surendettement, accompagnement des publics fragiles, financement des très petites entreprises : autant de missions qui nécessitent une approche plus humaine, sans renier la rigueur nécessaire à la gestion du risque. Cela se caractérise aussi par l’intégration des critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance). Les banques doivent désormais intégrer dans leurs décisions de financement la taxonomie verte européenne, la directive CSRD sur le reporting extra-financier, et les lignes directrices de l’EBA en matière de risques ESG. Cela implique d’évaluer l’empreinte écologique des projets, d’orienter les portefeuilles vers des activités durables, et de rendre compte de leurs engagements de manière transparente.

Renforcer la cybersécurité : un enjeu toujours plus crucial

La digitalisation du crédit expose les établissements à de nouveaux risques : cyberattaques, usurpation d’identité, fuite de données sensibles. La multiplication des attaques par ransomware, notamment ciblant les données clients ou les infrastructures critiques, impose aux banques de déployer des stratégies de cybersécurité toujours plus robustes, à même de détecter, contenir et répondre efficacement eux menaces. Pour préserver la confiance de leurs clients et se conformer aux exigences règlementaires (RGPD, DORA…), elles doivent investir dans l’authentification forte, les centres opérationnels de sécurité (SOC), la sensibilisation des collaborateurs, et des tests réguliers de type red teaming pour simuler des attaques en conditions réelles.

Le crédit, pilier du modèle bancaire en France, entre dans une phase de profonde transformation. À la croisée des mutations économiques, technologiques et environnementales, les banques doivent repenser leur stratégie pour rester pertinentes. Confrontées à un triple impératif, efficacité opérationnelle, gestion rigoureuse du risque, et responsabilité sociale et environnementale, elles devront construire un crédit de demain fondé sur la transparence, la résilience et l’inclusion.


Face à ces mutations profondes du secteur bancaire, l’accompagnement d’experts est crucial pour réussir votre transformation !

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