Dans ce contexte, les entreprises du secteur doivent repenser leurs modèles. La question n’est plus de savoir si le secteur doit se transformer, mais comment le faire sans compromettre sa performance industrielle.
Les innovations de rupture – propulsion alternative, matériaux allégés, carburants durables – constituent des solutions clés. Mais leur maturité industrielle prendra du temps. Or, la pression est immédiate. Pour y répondre, un nouveau levier apparaît : la transformation organisationnelle, au service de la sobriété.
Vous vous demandez comment l’activer efficacement ? Nous vous proposons des repères concrets pour activer ce levier avec méthode, ambition et pragmatisme.
Gouvernance : quand la sobriété transforme le pilotage des organisations
Mettre la sobriété au niveau où se prennent les décisions
Intégrer la sobriété ne consiste pas à multiplier les initiatives locales ou les projets isolés. Elle doit être portée là où se font les arbitrages structurants : au niveau des instances de gouvernance.
Plusieurs grands acteurs du secteur ont fait évoluer leurs instances de décision en ce sens.
Airbus Nouvelle fenêtre ou GE Aerospace, Nouvelle fenêtre par exemple, ont renforcé le pilotage des enjeux climatiques au plus haut niveau, en intégrant la transition environnementale dans les missions de leurs comités exécutifs et conseils d’administration. Cette évolution change la nature des décisions : la sobriété n’est plus un sujet périphérique, mais un critère structurant des choix industriels.
Arbitrer concrètement dans les feuilles de route
Sur le terrain, cette gouvernance se traduit par une transformation très concrète des roadmaps programmes.
Lors d’une revue de conception par exemple, une équipe peut être confrontée à un choix entre :
- Un procédé industriel plus rapide mais fortement énergivore,
- Et une alternative légèrement moins performante à court terme, mais réduisant significativement la consommation énergétique sur l’ensemble du cycle de vie.
Ce type d’arbitrage, autrefois marginal, devient désormais central. La sobriété modifie la pondération des critères : on ne cherche plus l’optimum technique immédiat, mais la solution la plus robuste et durable dans le temps.
L’appui d’un cabinet de conseil en transformation permet d’opérationnaliser la sobriété dans les comités exécutifs et les roadmaps, en alignant trajectoires carbone et décisions industrielles.
Mesurer pour décider
Cette évolution des décisions ne peut se faire sans indicateurs fiables et comparables. Les entreprises du secteur déploient progressivement des systèmes de mesure couvrant :
- La consommation énergétique par site, ou même par ligne
- L’empreinte carbone sur le cycle de vie des produits
- Les trajectoires de réduction alignées avec les objectifs de décarbonation.
Ces données ne servent pas uniquement à “reporter”. Elles permettent de comparer les options, de prioriser les investissements et de rendre visibles les gains liés à des choix plus sobres.
La sobriété comme critère de performance managérial
Certaines organisations vont plus loin en intégrant ces dimensions dans l’évaluation des managers.
Lorsque la maîtrise des ressources où la trajectoire carbone devient un objectif managérial à part entière, le message est clair : la sobriété fait désormais partie de la performance globale, au même titre que le coût, la qualité et le délai.
Dans ce contexte, la démarche Aero Excellence du GIFAS illustre l’importance d’une gouvernance structurée à l’échelle de la filière. Porté et déployé par l’association SPACE Aero, ce programme propose des référentiels communs, harmonise les pratiques et favorise l’alignement entre donneurs d’ordre, équipementiers et partenaires industriels. Couvrant trois thématiques dont l’environnement, cette logique de convergence est essentielle pour éviter les démarches fragmentées et permettre à la filière d’avancer de manière coordonnée.
Compétences : quand la sobriété recompose les métiers de l’aéronautique
Si la gouvernance constitue le cadre structurant de la transformation, sa mise en œuvre passe par la mobilisation des compétences et des savoir-faire Nouvelle fenêtre techniques, numériques et collaboratifs nouveaux.
De nouvelles expertises et formations pour concevoir et produire autrement
Les compétences en analyse du cycle de vie, évaluation carbone ou optimisation énergétique deviennent essentielles. Elles permettent de répondre à des questions opérationnelles et de guider les choix industriels :
- Quel matériau minimise réellement l’impact global d’une pièce ?
- Quel procédé réduit le plus efficacement les consommations énergétiques ?
- Comment concevoir un produit plus facilement réparable ?
On voit de plus en plus d’écoles proposer des cursus intégrant ces thématiques, préparant les professionnels et engageant les nouvelles générations en quête de sens, d’impact et de responsabilité. Une culture qui intègre pleinement ces dimensions devient un atout d’attractivité majeur, dans un secteur où la compétition pour recruter des profils techniques et numériques est forte.
Au-delà des profils techniques, les managers aussi doivent faire évoluer leurs compétences pour apprendre à piloter le critère de sobriété. De nombreuses entreprises aéronautiques ont développé des dispositifs de formation interne pour répondre à l’intégration des nouveaux indicateurs : parcours dédiés, ateliers d’arbitrage, mises en situation concrètes.
Ces expertises ne freinent pas l’innovation mais la réoriente : la sobriété n’est pas une contrainte supplémentaire mais un cadre qui enrichit les choix techniques et guide l’innovation.
Digital et IA : des alliés de la sobriété
Contrairement à une idée reçue, le digital dans l’aéronautique n’est pas opposé à la sobriété lorsqu’il est pensé comme un levier de réduction d’impact global. Il en est alors souvent le catalyseur.
La donnée et l’intelligence artificielle permettent de :
- Modéliser des scénarios
- Optimiser des séquences industrielles
- Détecter des dérives de consommations
- Anticiper les besoins énergétiques.
Ces usages nécessitent une maîtrise renforcée de la data, de la modélisation, de l’automatisation ou encore de l’intelligence artificielle appliquée à l’industrie. Ils fournissent aux équipes une compréhension plus fine des consommations et une capacité de réaction immédiate. Ces outils ne remplacent pas l’humain : c’est l’intelligence humaine, capable d’interpréter, arbitrer et décider, qui transforme ces informations en actions concrètes.
L’essor des compétences collaboratives
Améliorer l’impact environnemental d’un produit implique rarement une action isolée. Pour maximiser la valeur des techniques et des outils, il faut également savoir coordonner les équipes en interne et établir des liens solides avec l’écosystème : fournisseurs, start-ups, laboratoires ou clusters.
Les compétences collaboratives et cette dynamique d’innovation ouverte – partage d’informations, co-développement, gouvernance commune – deviennent donc aussi indispensables que les compétences techniques. Documenter les progrès, rendre visibles les impacts et diffuser les retours d’expérience permet d’apprendre rapidement et de transformer collectivement les pratiques. La sobriété renforce une conviction majeure : aucune entreprise ne peut transformer seule son modèle.
La sobriété marque une évolution culturelle majeure pour l’aéronautique. Elle enrichit les démarches existantes en mobilisant davantage la coopération, l’expérimentation et le partage des pratiques. Cette transformation ne peut toutefois réussir sans un accompagnement au changement Nouvelle fenêtre structuré, permettant aux équipes de s’approprier de nouveaux repères et modes de décision.

La sobriété dans l’aéronautique ne se limite pas à réduire les consommations : elle transforme la gouvernance, les compétences et la culture d’entreprise.
Sur le terrain, on peut observer que la difficulté n’est pas tant le manque de solutions, que la capacité à arbitrer différemment, sous critères de sobriété, sans dégrader la performance. C’est précisément sur ce point que le recours à un accompagnement externe peut jouer un rôle d’accélérateur, en aidant à structurer les compétences clés et à diffuser les bonnes pratiques.
La prochaine étape consiste à : identifier les leviers de transformation, expérimenter, partager, diffuser les bonnes pratiques et explorer de nouveaux modes de gouvernance collective.
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Rédigé par Marie BODNARConsultante Confirmée
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Julie KUDLAConsultante Senior
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Charles-Alexandre TESTUTConsultant